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8 mars : 5 choses que vous ne direz plus si vous voulez (vraiment) l’égalité femmes/hommes

1. « Journée d’la femme »

Le 8 mars, c’est la journée internationale des droits des femmes. Chaque mot compte :

  • « Internationale » car depuis 1977, cette journée onusienne adresse au monde entier la question de la situation des femmes. Loin, là-bas, mais aussi tout près de chez nous, jusque dans nos entreprises et nos foyers.
  • « Des droits ». Remballez les bouquets de roses et les réductions sur le forfait épilation : c’est de citoyenneté active, de santé, d’égalité professionnelle, d’accès aux opportunités économiques, de lutte contre les violences etc. dont on parle.
  • « Des femmes ». Au pluriel. Parler de « la » femme, c’est ancrer l’idée d’une féminité univoque… Et archétypale. Or, le premier droit d’UNE femme, c’est de ne pas avoir à se conformer à l’idée qu’on se fait de LA femme.

 

2. « Et pourquoi pas une journée des droits des hommes ? »

La journée des droits de l’Homme existe. C’est le 10 décembre, pour rappeler les grands principes fixés par la DUDH de 1948… Dont le préambule consacre l’égalité des sexes, rappelons-le !

Il existe aussi depuis 1999 une journée internationale des hommes organisée le 19 novembre par diverses associations qui défendent spécifiquement les humains de genre masculin… Au risque de verser dans le déni des inégalités qui portent majoritairement préjudice aux femmes, voire dans la dérive masculiniste.

 

3. « L’égalité n’existe pas, on est différents… et complémentaires »

Les idéaux binaires nous incitent à penser que le genre est la première ligne de partage de l’humanité et qu’à ce titre, femmes et hommes sont des moitiés l’un·e de l’autre. Ce qui est vrai de nos organes génitaux dans le strict objectif de la reproduction (laquelle n’est pas synonyme de parentalité) ne l’est pas pour nos personnes dans toutes les autres activités de l’existence. Rien, à part les stéréotypes essentialistes, n’indique que femmes et hommes « se complètent » au travail, dans la vie familiale ou dans toute autre activité sociale. Nous coopérons, entre êtres uniques, faits de mille et un autres marqueurs que notre genre. À la notion de complémentarité, préférons donc celle d’altérité ouverte à toutes les singularités. Et souvenons-nous que le contraire d’égalité, ce n’est pas différence, c’est inégalité.

 

4. « C’est une femme d’exception »

Quand on admire une femme (scientifique, politique, d’affaires…), on a vite fait de l’auréoler du titre de « femme d’exception ». C’est élogieux… Mais c’est une arnaque. Qu’est-ce qu’une exception, sinon une rareté, une curiosité, un dérapage de la norme, une dérogation à la règle ? Une exception, c’est par définition un contre-exemple. Le contraire même d’un rôle modèle : la « femme d’exception » intimide les autres femmes davantage qu’elle ne les inspire. Préférons donc les « femmes exemplaires », celles dont le parcours dit à toutes les autres : oui, c’est possible, pour vous comme ça l’est pour moi !

 

5.  « La cause est juste, MAIS… » 

En marquant la restriction sur les méthodes de l’action (cas typique avec la critique de #MeToo / #BalanceTonPorc : « témoigner, oui … MAIS pas comme ça ! »), en pointant le risque d’ « excès » (on est volontiers encouragé·e à ne pas être « trop » féministe), en agitant les fantasmes d’évolutions inquiétantes (politiquement correct, puritanisme, inversion de la domination…), le « mais » qui suit immédiatement l’assertion que « la cause des droits des femmes est juste » contribue précisément à en dégrader la légitimité. Car ce « mais » fait porter l’essentiel de l’attention sur les raisons de ne pas agir. Ce « mais » rappelle aussi que les femmes seraient bien gentilles de se conformer aux limites du cadre social en place quand elles contestent ce cadre social ! Cherchez l’erreur.

Marie Donzel

 

 

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