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L’oeil de l’expert·e : la journée sans régime

Dimanche dernier c’était la Journée internationale sans régime, ou « No Diet Day », qui vise à nous faire conscientiser l’importance de se sentir bien dans sa peau, loin des diktats de la minceur et du culte corporel en général. Sans oublier que l’apparence physique, c’est un critère de discrimination dont on parle peu, mais qui impacte très fortement les personnes qui en sont victimes. Éclairage par Marie Donzel. 

Temps de lecture : 4 min

Quelle est ta lecture de cette « Journée sans régime » ?

La journée internationale sans régime a été lancée par Mary Evans Young, une consultante anglaise spécialiste des discriminations liées au genre et à l’âge. Cette journée est apparue dans le contexte du début des années 1990 où l’anorexie est devenue une thématique grand public… Avec une accusation portée contre la pub, les médias et les industries de la « beauté » identifiés comme responsables d’un « diktat de la minceur » qui pousserait les jeunes filles à s’affamer pour correspondre à des normes de beauté irréalistes. Les psychiatres savent que c’est un peu plus compliqué… Reste qu’en réaction, tout un mouvement prônant l’acceptation de soi et l’amour de son corps a pris de l’ampleur, dans lequel s’inscrit cette Journée sans régime. C’est évidemment une bonne chose d’inviter chacun·e à s’aimer comme elle/il est, mais cette approche très « développement personnel » fait un peu écran à la dimension socio-politique du sujet, à savoir les discriminations liées à la corpulence. C’est ce qu’on appelle la grossophobie.

 

Quelles problématiques cela soulève-t-il ? régime

La grossophobie est un sujet dont on commence à parler, mais qui reste trop mal connu… Alors même que c’est un facteur de discrimination massive. 35,5% des Français·e·s estiment qu’il est légitime de refuser un emploi à une personne en raison de son poids (Défenseur des droits, 2015). Et dans les faits, cela se vérifie : les personnes perçues comme en surpoids ont, à compétences égales, 20% de chances de moins d’être rappelées après un entretien (Jabbour, 2013). C’est sans parler des insultes qu’elles essuient très régulièrement (sans que ça suscite de surcroît d’indignation) et de l’abondance de stéréotypes qui sont associés au surpoids : manque de discipline, déficit d’estime de soi, paresse… Avec une foule d’arguments de post-rationalisation pour justifier les discriminations : l’employeur ne discrimine pas à l’apparence, mais craint que la personne ne soit pas en bonne santé (soit dit en passant, c’est aussi un motif de discrimination !) ; il se dit que la personne ne va pas donner une « bonne » image de l’entreprise etc.

 

En quoi cela interpelle le monde de l’entreprise ?

Il faut savoir qu’en France, plus de 50% des hommes et 35% des femmes ont un IMC entre 25 et 35 (Santé Publique France, 2016), c’est-à-dire en surpoids selon les critères de l’OMC mais pas en situation d’obésité sévère. La population en emploi n’est clairement pas à l’image de cette réalité, notamment pour ce qui concerne la population active féminine. Il faut donc bien en conclure que presque tous les employeurs pratiquent, dans les faits, la discrimination grossophobe. Il est temps que les entreprises se penchent sur le sujet avec le même niveau d’attention et la même méthodologie (évaluation, formation, dispositifs de prévention et éventuellement de sanctions) que ce qui s’observe depuis quelques années pour les discriminations liées au genre, à l’origine sociale, au marqueur d’origine géographique/culturelle, et plus récemment à l’âge et à l’orientation sexuelle. Plus généralement, le monde de l’entreprise doit s’intéresser à tout ce qui procède des discriminations à l’apparence et de l’intersectionnalité des discriminations : on ne peut pas sérieusement parler d’inclusion si on « fait de la diversité » uniquement avec des gens conformes à des critères d’apparence acceptable aussi étriqués que la silhouette élancée, l’apparence de jeunesse ou le « bon goût » vestimentaire.

Marie Donzel

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