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Les princesses à l’épreuve de leur rôle modèle

En tant que figures tutélaires, les princesses issues des dessins animés de notre enfance représentent pour nous de véritables modèles d’inspiration. Tandis que les petits garçons sont poussés à davantage s’identifier à des pirates, des grands sportifs ou des aventuriers intrépides, de nombreuses petites filles grandissent en nourrissant le rêve de devenir comme leurs héroïnes télévisées.

Mais à quelles valeurs et à quelles aspirations ces princesses, notamment chez Disney, renvoient-elles ? Si les représentations d’un idéal féminin évoluent au fil des années, introduisant davantage de diversité et d’ambition, force est de constater que les modèles inspirationnels des fictions destinées aux petites filles entretiennent un clivage genré à même de se répercuter dans leur réalité de femmes adultes.

Observons d’un peu plus près l’évolution des princesses de notre jeunesse :

1. Blanche Neige (1937) : « Sois bête et nettoie »

  • Profil : Blanche Neige est née avec une peau blanche comme la neige, des lèvres rouges comme le sang et des cheveux noirs comme le bois d’ébène. Victime d’une belle-mère jalouse (#euphémisme), elle trouve dans son exil un sens à sa vie : entretenir une maison pour le compte de 7 hommes de petite taille.
  • Valeursassociées : Soumission, naïveté, attentisme, impuissance, faiblesse d’esprit.
  • Compétences : Beauté, ménage, conciliation.
  • Carrière pressentie : Technicienne de surface (à compter que son prince l’autorise à quitter le domaine familial pour aller travailler !).
  • Note inspirationnelle : 2/10. Blanche-Neige est l’archétype de la femme-objet belle et idiote, appréciée par son entourage pour des raisons dont elle n’est pas méritante (sa beauté) ou qui l’instrumentalisent (propreté du logis) et la confinent dans un environnement domestique, coupée du monde extérieur.

 

2. Aurore (1959) : « Accepte la fatalité de ton avenir en attendant que quelqu’un vienne te secourir »

  • Profil : À sa naissance, les marraines-fées de la belle au bois dormant lui offrent des dons : la beauté pour la première, la belle voix pour la seconde. Lorsque la troisième s’apprête à activer sa baguette, elle est perturbée par Maléfique qui la condamne à une vie sans ambition. De fait, au moment où elle devient femme, Aurore sombre dans un sommeil comateux, attendant un siècle qu’un prince daigne enfin la sauver.
  • Valeurs associées : Candeur, fatalité, attentisme, dépendance, passivité.
  • Compétences : Beauté, chant, patience.
  • Carrière pressentie : Chef de produit dans le secteur literie.
  • Note inspirationnelle : 3/10. La princesse narcoleptique vaut à peine mieux que Blanche-Neige en termes d’exemplarité. Si elle n’est pas assujettie à l’« esclavage », sa passivité est totale car elle ne peut miser que sur le secours d’un prince pour changer son destin. Cela introduit une notion d’immobilisme et de prédétermination quelque peu déprimante pour les jeunes filles susceptibles de l’ériger en modèle.

 

3. Belle (1991) : « La beauté est intérieure … sauf pour toi ! »

  • Profil : Fille d’un inventeur marginalisé, Belle se sent différente des autres villageois, qu’elle juge trop conventionnels. Elle aspire donc à « vivre autre chose que cette vie », loin du conformisme ennuyeux de ces petites gens.
  • Valeurs associées : Excentricité, imagination, audace, condescendance.
  • Compétences : Beauté, lettrisme,
  • Carrière pressentie : Ratte de bibliothèque.
  • Note inspirationnelle : 5/10. Belle est plus ouverte d’esprit que ses prédécesseures de par son inclinaison à s’amouracher d’un prince « atypique ». En revanche, elle conserve une posture et des attentes de petite fille à qui l’on donne tout : passée sa soif d’aventures étant enfant grâce à l’imagination développée au fil de ses lectures, la richesse, le manoir, et les serviteurs qui vont avec sont, somme toute, les seules aspirations de la jeune femme.

 

4. Mulan (1998) : « Sois plus puissant(e) que les ouragans »

  • Profil : Mulan n’est pas une femme comme les autres, ce qu’elle déclare dans ses réflexions : « non jamais, je ne serai faite pour le mariage, ni une fille bien sage ». Alors quand son père handicapé est appelé à rejoindre les rangs de l’armée chinoise, Mulan l’insoumise lui vole son armure, son épée, et part sauver l’Empire du Milieu.
  • Valeurs associées : Courage, dévotion, témérité, sang-froid, ingéniosité, indocilité.
  • Compétences : Épée à deux mains, réflexion, adaptabilité.
  • Carrière pressentie : Réserviste de l’armée de terre.
  • Note inspirationnelle : 8/10. Princesse guerrière, Mulan semble représenter le parfait contrepied de la princesse passive qui attend d’être sauvée. Elle est belle, forte et intelligente. Le modèle d’inspiration parfait ? Pas encore … En effet, le conte sous-entend que pour réussir, une femme ne peut pas s’incarner en tant que telle, mais doit au contraire se travestir et adopter les codes masculins, pour devenir « Comme un homme » … chanson à l’appui !

 

5. Vaiana (2017) : « Va où ton cœur t’appelle »

  • Profil : Dans une petite île polynésienne condamnée à la sédentarité, Vaiana est irrésistiblement appelée par l’aventure, au grand dam de son père, qui par crainte l’enjoint de ne pas s’épanouir au-delà du village dont il est le chef. Grâce au lien intergénérationnel qu’elle a tissé avec sa grand-mère et à sa sensibilité animiste qui la lie à ses ancêtres, l’impétueuse brave l’interdit et prend le large pour sauver le monde.
  • Valeurs associées : Curiosité, ardeur, aventure, détermination, spiritualité, écologisme.
  • Compétences : Sens de l’orientation, instinct, audace.
  • Carrière pressentie : Cheffe d’entreprise, voire Présidente de la République
  • Note inspirationnelle : 9/10. Exploratrice intrépide, Vaiana se fait la maîtresse de son destin. Son expédition couronnée de succès, elle libère son village en lui ouvrant les portes de l’océan (et du monde). Cette princesse incarne également l’indépendance : si elle est aidée dans son périple par un demi-dieu, aucune figure princière ne vient détourner le cœur de Vaiana, dédiée à l’océan et à son peuple. Le mariage et les marmots ne sont (enfin) plus considérés comme une fin en soi.

 

Une (vraie) princesse qui n’a pas froid aux yeux … c’est possible !

En conclusion, on constate une évolution plutôt positive des injonctions intériorisées par les petites filles. De la beauté et la docilité (Blanche-Neige) vers une réalisation de soi induite par une force de détermination à toute épreuve (Vaiana, mais aussi Rebelle par exemple), trois périodes semblent se distinguer :

  1. La femme domestique
  2. La femme qui sort de son périmètre mais en adoptant les codes masculins
  3. La femme qui peut exister avec ses codes féminins.

Le potentiel inspirationnel de nos princesses est aussi à apprécier par rapport à leur époque : si Blanche-Neige nous paraît aujourd’hui dépassée, elle est dans l’air du temps des valeurs véhiculées dans ses années 1930. Les rôles modèles évoluent avec la société dans laquelle ils s’inscrivent, et c’est tant mieux !

Au-delà du rapport entre les sexes, la diversité croissante de notre société favorise l’émergence dans nos contes de fées d’une ouverture aux autres cultures : la génération Y a ainsi grandi avec des princesses d’origines ethniques plus variées que par le passé (à l’instar de Jasmine, Pocahontas, Mulan ou encore Tiana).

Il convient néanmoins de rester vigilants quant aux messages implicites portés par ces dessin-animés qui nous forgent, ce d’autant que Walt Disney est régulièrement placardé pour sa misogynie et son racisme, car les valeurs ainsi transmises peuvent trouver un écho insidieux dans notre quotidien, notamment professionnel. C’est ce que nous explique brillamment Marie Donzel dans sa vidéo « Le plafond de verre, ce n’est pas un conte de fée », en s’inspirant de Cendrillon, la Schtroumpfette ou encore Maya l’abeille !

Valentine Poisson

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