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Faut-il tout révolutionner pour être innovant ?

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Pour sa quatrième édition, le salon de l’innovation VivaTechnology reprend ses quartiers à Paris. Pendant trois jours (du 16 au 18 mai 2019), l’événement accueillera de nombreuses start-ups et entreprises désireuses de bouleverser notre quotidien avec leurs découvertes. Mais une révolution est-elle vraiment indispensable pour innover ?

Temps de lecture : 4 min

 

Innovation disruptive VS Innovation Incrémentale

Si l’innovation de rupture résulte souvent d’un changement radical de technologie ; il existe aussi une autre façon d’innover, l’innovation dite « incrémentale ». Celle-ci consiste à améliorer constamment l’existant en prenant en compte l’évolution des besoins et des technologies.

Les grandes organisations, avec leurs structures classiques et silotées, ont plutôt tendance à se tourner vers l’optimisation de produits et de business models déjà opérationnels. Dans ce contexte d’innovation, l’incrémentation s’exprime pleinement ; mais pour explorer de nouvelles voies de développement, miser sur l’avenir et déceler les opportunités de demain, elles ont également besoin d’innovations plus radicales.

 

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D’autant que les jeunes pousses du marché que sont les startups prouvent chaque jour leur capacité à innover par la rupture. De par leur ADN, ces sociétés créent des conditions extrêmement favorables à ce type d’innovation. Elles sont en effet souvent petites – donc plus agiles et autonomes – et plus récentes, donc sans activité préexistante qui pourrait entrer en conflit avec une opportunité de rupture. À titre d’exemple, un ingénieur particulièrement avant-gardiste de Kodak était le premier à avoir mis au point la technologie de l’appareil photo numérique ; mais l’innovation fut boudée par le marketing qui y vit un risque de cannibalisation interne pour ses marchés historiques (pellicule & papier). Dommage !

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Désormais conscientes du potentiel concurrentiel des startups, les grandes organisations, souhaitant reproduire chez elles ce type d’environnement créatif et fertile à la disruption, se sont mises à les scruter et à analyser leurs facteurs clé de succès.

 

Se challenger pour être challengeant

Seulement voilà, créer un terreau fécond à l’innovation nécessite souvent de réorganiser le travail et de s’ouvrir à l’externe en explorant d’autres façons d’innover. Plusieurs pré-requis pour cela :

  • Le changement de mindset est d’une importance capitale : en allégeant les process pour réduire les cycles de développement, en décloisonnant les métiers pour favoriser la coopération et en insufflant plus de transversalité, l’entreprise redonne du pouvoir à celles et ceux qui travaillent au plus proche des clients (et connaissent par conséquent leurs besoins et attentes). « Mais tout le monde n’est pas capable d’innover ? » Et bien si ! Nul besoin d’être ingénieur pour avoir la bonne idée ou pour penser un nouveau business model par exemple. Le droit à l’erreur gagne également à être valorisé car cette dimension est la seule garantie pour que s’opère la prise de risque et la sérendipité. C’est aussi de cet état d’esprit que découle le fameux « Test & learn ». Potion magique de l’amélioration continue : j’expérimente > j’analyse > j’améliore ; cette approche est parfaitement incarnée par James Dyson qui réalisa 5127 prototypes et des millions de tests pour son aspirateur à double rotation.

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  • Plus agile en interne, l’entreprise peut maintenant ré-envisager où loger l’innovation. Ne dit-on pas « Penser out of the box » ou encore « Sortir des sentiers battus » ? Cette observation pointe une solution possible pour les entreprises en place : pour produire de la rupture, pourquoi ne pas décentrer l’innovation … dans une entité relativement autonome, pour lui redonner toutes ses chances ? C’est ce qu’on appelle l’open innovation, mais là encore il n’existe pas de formule miracle, la bonne équation résulte d’une exploration.

 

Certaines organisations, sur la base d’intérêts communs, chercheront à collaborer – sous forme d’échanges avec des partenaires pertinents, des universitaires, à l’instar d’Essilor qui a mené des actions autour de la myopie avec l’université de Wenzhou – d’autres préfèreront explorer des territoires stratégiques pour transférer des technologies (c’est-à-dire adapter l’innovation d’un domaine à un autre) et mutualiser des brevets avec d’autres entreprises non concurrentielles.

Enfin, si l’on ne peut pas être aussi agile et créatif qu’une start-up, on peut parfois se l’offrir. En effet, il peut être intéressant de dédier des équipes de capital venture qui scruteront le marché et seront chargées d’investir au bon moment sur ces nouveaux entrants à fort potentiel, pour capter leurs bonnes idées !

 

Finalement, même si la disruption est sur toutes les lèvres, l’innovation incrémentale n’est pas si différente de l’innovation de rupture ; elles sont toutes deux complémentaires et continues. Le défi réside plus dans la capacité des organisations à constituer un environnement favorable à l’innovation, en changeant de culture et de vision.

 

Sarah Bessat

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