Le blog sérieux qui ne se prend pas au sérieux
Des articles simples sans être simplistes

L’humour en entreprise : une réalité augmentée

Après une longue carrière juridique, Michèle Côme a troqué les tailleurs et les talons pour la perruque et le nez rouge. En conjuguant un talent inné pour la scène avec sa connaissance du monde de l’entreprise, l’humoriste s’est lancé le défi de dérider nos bureaux à coups d’éclats de rires.

L’humour… pour détendre ?

C’est physiologique : rire fait fonctionner des tas de muscles et permet de détendre le diaphragme, de faire mieux circuler l’oxygène dans le corps et surtout dans le cerveau. D’où la production d’endorphines, celles du bonheur. Alors pourquoi s’en priver ? L’improvisation, au théâtre comme au bureau, est une façon de prendre du recul, d’être humble, de caricaturer… Ce dont on parle avec l’humour, c’est du décalage. C’est de regarder les choses avec un prisme différent. Et aujourd’hui je pense  qu’on est allé très loin en management sur l’organisation des sociétés, sur les formats stéréotypés à l’américaine. Le temps est venu d’une saine catharsis comique.

Vous pensez que ce n’est culturellement pas adapté ?

Je pense que c’est surtout hypocrite. J’ai joué le jeu, quand je me remémore les postures que j’avais devant les actionnaires en présentant les projets, comment j’ai pu être sérieuse et imbibée de toute la culture de l’entreprise … Mais qu’est ce qu’on était à côté de la plaque ! On aurait pu dire les choses simplement.

L’humour … comme un levier, un détonateur ?

Oui clairement ! Par exemple mon défouloir sur les irritants du monde de l’entreprise, le Defoolab, se révèle être un indicateur de problématiques. On peut d’ailleurs le retravailler en aval pour réaliser que « derrière cette situation, il y a un souci ».

L’humour … pour faire passer un message ?

Attention quand on dit faire passer un message, on est sur du top-down. Est-ce que l’annonce officielle d’un déménagement, d’une réorganisation, parce qu’elle est humoristique, va mieux passer ? Je ne crois pas. Il faut qu’il y ait le climat d’acceptation pour accepter l’annonce, quelle qu’elle soit. Et là ça se joue au quotidien, le fait d’inoculer un peu d’humour, en instaurant un petit concours de vannes à la machine à café par exemple… Oui, on est détendu après une pointe d’humour, mais ce n’est pas pour cela que les messages difficiles passeront mieux. Disons que les personnes seront plus aptes à les recueillir avec calme et discernement, et surtout avec distance. Prendre de la distance est un talent essentiel pour supporter nos tensions au travail. Imaginez que l’ambiance est platonique toute l’année, et puis qu’au séminaire ils vous mettent une comique, ou que le patron a été coaché par la comique pour vous faire la grosse annonce… La soirée passe, et on retourne à son travail … c’est sinistre ! Ca n’est que du maquillage.

Cela n’est pas évident de jongler entre les deux registres … Comment être sérieux en étant drôle ?

La seule réponse c’est l’autodérision. Si on est drôle en se moquant de quelqu’un, on n’est pas drôle longtemps. On est vraiment drôle que quand on se moque de soi-même. Réfléchissez à qui vous fait rire. Ce sont des gens qui se mettent dans des situations ridicules finalement. J’adore Valérie Lemercier, qui arrive à se mettre dans des positions de faiblesse clownesque …

Donc rire de soi plutôt que rire des autres ?

Pour cela, le travail du clown est magique : il vous permet de dévoiler vos faiblesses en toute simplicité, pour intégrer ces éléments dans votre personnalité, ce qui la rend humaine, « comme les autres ». Au même « niveau » que vos collaborateurs, vous pouvez leur parler d’égal à égal. Si en plus vous leurs montrez que vous aussi êtes faillible, vous gagnez leur confiance.

Au risque de faire un flop ?

Evidemment, ça arrive. Une fois il fallait que je fasse une conférence téléphonique avec des collaborateurs qui venaient des quatre coins du monde, c’était délicat pour trouver l’horaire. On a choisit 13 heures : il était donc minuit en Nouvelle Zélande, 5 heures à Chicago… bref ce n’était vraiment pas pratique pour certains. Et moi au moment de valider l’horaire, j’ai sorti : « ah non c’est pas possible, c’est l’heure du déjeuner ! » Après on m’a incendié : « mais tu ne vas pas casser le projet juste pour déjeuner …». Mais je plaisantais !

En quoi l’humour nous rassemble ou nous divise ?

Il crée un référentiel salutaire : « tu te souviens la vanne qu’untel avait sorti? » On se remémore toujours un moment humoristique et il scelle une complicité et une humilité durables. Il s’agit de poser une empreinte émotionnelle positive en fait. Il nous divise s’il est méchant ou tout simplement dirigé contre quelqu’un ou une communauté.

Comment instiller l’humour concrètement ?

L’empreinte émotionnelle que je viens d’évoquer est définie par le/la boss ou le/la manager : cela fait partie de son leadership. Une fois j’ai eu un patron qui nous accueillait au comex, et qui avait instauré la règle : « le dernier arrivé fait le compte rendu !». Il n’empêche que c’est super, parce que du coup on était à l’heure, mais il y en avait quand même toujours un qui arrivait le dernier. Alors on se bousculait à la porte d’entrée, mais l’air de rien ça donnait une tonalité, on était dans le jeu. Donc déjà il y a cette petite déconnade du début, et ça installe une ambiance positive.

Vous insistez sur le rôle des femmes pour égayer l’entreprise. Pourquoi ?

Je pense qu’elles n’ont pas le même costard à porter. Elles n’ont pas tellement à se justifier parce qu’elles ont déjà vécu certaines douleurs, certaines remarques sexistes, donc elles y vont peut être avec plus d’humilité. Dans une assemblée mixte, quand par exemple on n’annonce pas que c’est du comique et que je fais une fausse conférence, je commence très sérieusement, et quand je lâche un petit quelque chose, c’est toujours un rire de femme qui démarre. Comment l’expliquer ? Je pense que les femmes ont vécu une plus grande variété de situations, est que du coup elles ont un champ de perception plus large.

Propos recueillis par Valentine Poisson


Site internet de Michèle Côme

Illustration : JM Ucciani

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *