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Traditions d’ailleurs : le don et le contre-don dans le monde

L’anthropologue Marcel Mauss a élaboré le concept du don et du contre-don en observant notamment la tradition du potlach nord-américain ou la kula des îles Trobriand. La puissance de ce principe du donner / recevoir / rendre tient de son universalité : il s’agit en effet d’un « fait social total », que l’on retrouve dans toutes les communautés humaines ! En France, la célébration de Noël avec ses cadeaux au pied du sapin en est une bonne illustration. Mais alors, comment ça se traduit au Japon, en Iran ou au Mexique ?

Temps de lecture : 4 min

JAPON – La saint-Valentin : chocolats contre cadeau

Un des concepts du donner/recevoir/rendre est que le contre-don doit être fait de manière différée du don, afin de remplir son rôle de dette sociale (qui crée du lien). Au Japon, la Saint-Valentin en est une belle manifestation : seules les femmes offrent des chocolats (censés être faits maison) à l’élu de leur cœur, mais aussi à tout l’entourage masculin et notamment professionnel (ceux-là sont les « giri choko », ou « chocolats d’obligation »). Un mois plus tard – le 14 mars – à l’occasion du « White Day », c’est au tour de la gent masculine de « rendre » les chocolats reçus à la Saint Valentin en offrant des cadeaux aux femmes qui les ont régalés. Il peut s’agir de petits bijoux, de bonbons ou de babioles, mais la tradition veut que le cadeau du White Day coûte au moins trois fois plus cher que les chocolats. Une obligation sociale peu rentable pour les hommes donc, mais qui déplaît aussi aux Japonaises, qui en ont marre de se ruiner en février !

 

IRAN – Le târof, ou la politesse poussée à l’extrême

Au centre de la culture perse, le târof en dit long sur l’hospitalité légendaire des Iraniens. Il s’agit d’un système de politesse très développé qui pousse à « refuser par politesse les choses que l’on désire le plus. Dans un dîner par exemple, on vous propose de vous resservir et, alors que vous en mourrez d’envie, vous dites non, non merci et encore non », comme l’explique l’autrice Nahal Tajadod. Dès lors, il n’est pas rare qu’un chauffeur de taxi propose d’emblée de ne pas régler la course qui lui est due, alors qu’il entend bien en réalité être payé ! D’où l’idée qu’accepter tout de suite la générosité d’un hôte puisse paraître impolie : il faudrait, d’après la tradition, refuser au moins 3 fois une proposition qui nous est faite avant d’être sûr que cette dernière est sincère !

 

VIETNAM – Des gâteaux de lune pour la fête… De la lune !

Au Vietnam, la fête de la lune est la deuxième célébration la plus importante du pays après la fête du Têt, le nouvel an vietnamien. Célébrée à la mi-automne, pendant la pleine lune (et plus précisément le 15e soir du huitième mois du calendrier lunaire), la fête de la lune est l’occasion d’offrir à sa famille, ses amis et même ses partenaires commerciaux des boîtes contenant un gâteau de lune. Ces gâteaux de lune, appelés Banh Trung Thu, sont ronds comme la pleine lune et traditionnellement fourrés d’un jaune d’œuf salé.

 

MEXIQUE – La tradition de la couronne des rois

Comme en France, l’épiphanie est célébrée au Mexique le 6 janvier, sauf qu’à la place de notre traditionnelle galette à la frangipane, on y mange la rosca de reyes, que l’on peut traduire par couronne des rois. Il s’agit donc d’un cercle rond (avec un trou au milieu) orné de fruits secs et abritant une fève à l’effigie de Jésus. Celui qui a la chance de découvrir la fève porte comme chez nous la couronne mais se voit aussi dans l’obligation, s’il respecte la tradition, d’organiser chez lui et de financer la prochaine fête du 2 février, correspondant à la chandeleur.

 

MALI – La tontine ou l’épargne entre amis

Au Mali, comme dans d’autres pays d’Afrique (et du monde), la tontine est une sorte de système d’épargne collectif fondé sur la confiance. Un groupe d’amis, de voisins ou de collègues se met d’accord pour verser chaque mois une certaine somme dans un pot commun. Cette somme est ensuite entièrement versée tour à tour à chacun des membres du groupe selon un ordre prédéfini, tout en s’accordant une certaine marge de flexibilité pour tenir compte des aléas et des urgences respectives (mariage, décès, etc.). Grâce à la pression sociale, ce système a le bénéfice d’inciter à l’épargne, autant qu’il favorise le lien car la remise mensuelle de l’argent est en effet souvent l’occasion d’un repas en commun : ainsi, « la tontine, basée sur les relations, entretient elle-même ces relations » !

 

LIBAN – Bonne journée contre journée radieuse

Au Liban, comme en Syrie ou en Égypte, bonjour se dit Sabah el Kheir, qui signifie littéralement « bon matin ». Ce à quoi l’on répond Sabah an Nour  ! Le terme nour se traduit par « lumière » : c’est dire qu’en arabe, on souhaite à l’autre davantage que ce que l’on a reçu, à un « bon matin » on offre donc un « matin lumineux » ou « matin radieux ». Il s’agit là d’une autre facette du don théorisé par Marcel Mauss : il est ainsi important que le contre-don corresponde à « un peu plus » que le don initial, une nouvelle fois afin d’enclencher la logique de dette sociale créatrice de lien. Le topo est le même en hébreu, où l’on formule un boker or (matin lumineux) après avoir reçu un boker tov (bon matin).

 

Valentine Poisson

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