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La trêve des confiseurs : un moment de répit qui ravive nos coeurs

confiseries

Vous a-t-on demandé si vous faisiez la trêve des confiseurs cette année ? Cette expression un peu désuète a de quoi surprendre. « Mais de quoi on me parle ? » vous êtes-vous peut-être dis, avant de répondre « oui », histoire de ne pas passer pour un benêt.

Temps de lecture : 3 min

La version décryptée de cette question serait : « tu prends des vacances entre Noël et le jour de l’An ? ». L’expression trouverait son origine dès le Moyen-Âge, autour de l’an 1000, lorsque sous l’impulsion des ecclésiastiques, Louis IX le pieux bannissait tout acte de guerre les jours de prière.

Des siècles plus tard, en 1874, c’est au tour des parlementaires chargés de statuer sur la constitution de la IIIe République, de décider de ne pas se lancer dans des débats passionnés à la fin de l’année. Il faut garder ses forces pour la digestion du repas familial… C’est alors, d’après le journaliste Jules Lermina, que la presse satirique a inventé cette fameuse expression de « trêve des confiseurs ».

Rebelote en 1914, lorsque les soldats français, allemands, britanniques et belges prennent l’initiative de ne pas se mettre sur la gueule le soir du réveillon de Noël, au grand dam des autorités militaires. Qui a vu le film « Joyeux Noël » de Christian Carion s’est ému de ce merveilleux moment où, porté par l’enchantement du réveillon, chacun sort de sa tranchée pour serrer la main de son ennemi en lui souhaitant « Joyeux Noël », « Frohe Weihnachten », « Merry Christmas », et partager quelques cigarettes.

William Ury, le spécialiste des méthodes de négociations internationales pour le règlement des conflits armés et des problèmes globaux se serait-il inspiré de cette anecdote au moment d’intervenir au Venezuela en tant que partie tierce entre le gouvernement et ses opposants politiques ? Toujours est-il que face à un Hugo Chavez désespéré qui lui demandait quoi faire, le directeur du Global Negotiation Project d’Harvard lui tint à peu près ce langage :

« Monsieur le Président, c’est presque Noël. Le pays a besoin de faire une pause. L’année dernière, toutes les festivités ont été annulées à cause du conflit. Pourquoi ne pas proposer une trêve cette fois, pour que les gens puissent profiter de leurs vacances en famille ? Après ça, peut-être qu’ils seront plus disposés à écouter ».

Enchanté, le président du Venezuela en pris bonne note pour son prochain discours, et la guerre civile n’éclatera pas cette année-là.

C’est peut-être ça finalement, la magie de Noël : une volonté partagée de faire fi des hostilités pour réhumaniser son ennemi et consacrer avec lui le lien social qui fait tant de bien au moral. Mais alors, pourquoi les réunions familiales sont-elles paradoxalement si propices aux engueulades ? Le mystère demeure… Ce qui ne nous empêche pas de vous souhaiter de très bonnes fêtes et un bon repos pour cette trêve des confiseurs !!!

 

Valentine Poisson  

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