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Uber, taxis et médiation… ou pas !

« Le médiateur a déjà choisi son camp avant même que la médiation n’ait commencé1 »… C’était mal parti pour Laurent Grandguillaume, le député de la Côte-d’Or mandaté par Matignon pour tenter de résoudre le conflit opposant taxis et VTC…

« Médiateur, médiateur, est-ce que j’ai une gueule de médiateur ? »

Il semblerait que oui… en tout cas selon un certain nombre de journaux qui n’aurait pas pris la peine de s’interroger sur la terminologie du mot « médiateur », remettant en cause le député et son action par la même occasion. Et c’est là que le machine s’emballe : en diffusant dans l’inconscient collectif une conception discutable de la médiation, les médias ont-ils été créateurs d’une confusion générale, engendrant frustration et incompréhension auprès des parties prenantes ?

Si Laurent Grandguillaume n’est pas neutre, c’est tout simplement parce que ce n’est pas son rôle. Comme il le dit lui-même dans un entretien accordé au Figaro1 : « Je ne suis pas un médiateur, mais plutôt un parlementaire socialiste en mission ». En effet, lorsque le gouvernement commissionne Laurent Grandguillaume, son mandat consiste en une « mission de réflexion sur l’avenir économique de la profession2 ». Au travers des réunions hebdomadaires entre l’homme politique et les organisations professionnelles de taxis et de VTC, l’objectif est de parvenir à « la mise en place d’un équilibre économique durable ».

En d’autres termes, Laurent Grandguillaume n’est pas sensé faire de la médiation, mais de la consultation destinée à une prise de décision, c’est à dire :

  • rassembler les avis des différentes parties, de façon successive
  • formuler des propositions au gouvernement

Il s’agit donc d’une démarche orientée solution, dans le cadre d’une culture de résultat, bien loin d’une démarche de médiation axée sur la compréhension préalable à toute décision.

Et donc la médiation ?

Si la consultation menée par le député ambitionne de mettre un terme au conflit taxis / VTC, la médiation, elle, cherche, d’abord, à éclairer l’origine du trouble et amène, grâce à un cadre, une solution co-construite.

  • La médiation repose sur la liberté des parties

Dans une médiation,  les parties en présence s’engagent librement et volontairement, et peuvent décider de mettre fin au procédé à tout moment, si elles doutent du bien-fondé de la démarche. Le sentiment de liberté est essentiel dans une médiation car il permet aux parties de s’engager, dans le cadre d’une situation de libre choix. Confrontés à une contrainte, elles pourraient réagir de manière à parer l’ordre et donc être contre-productives.

Ainsi, lorsque Laurent Grandguillaume annonce la nécessité de « s’astreindre à des droits et des obligations qui soient communes pour tous3 », sa volonté affichée de réguler la situation s’oppose à une pratique de médiation. Il exprime clairement son mandat : prendre des décisions dans l’objectif de l’intérêt général, tel que sa fonction l’implique.

  • Le médiateur se doit d’être neutre et impartial

Dans sa pratique « pure », le médiateur ne donne pas son avis et ne se positionne pas en faveur de l’un ou l’autre des acteurs en conflit. Son action a pour principal objectif de les amener à se comprendre pour les faire réfléchir à toutes les options de sortie de crise, en les laissant décisionnaires, in fine. L’intérêt d’être porteurs de la décision est de favoriser sa pérennité, puisque le degré d’adhésion est proportionnel à son élaboration.

En l’espèce, s’il répond à un devoir d’objectivité, Laurent Grandguillaume n’est pas tenu d’être neutre ou impartial. Et d’ailleurs, comment le pourrait-il ? Nommé par l’Etat, il est le garant des intérêts de ce dernier dans l’opposition taxis / VTC.

  • La médiation repose sur l’autorité du médiateur

Dernier point essentiel : ce n’est pas parce que le médiateur n’est pas décisionnaire, qu’il n’a pas d’autorité. Cette dernière s’exprime à travers sa posture, par laquelle il « fait autorité ». Cette autorité s’acquiert par la confiance du médiateur dans sa pratique propre et dans celle qu’il a en les parties. Le problème reste le leur et le médiateur leur reconnaît la capacité à investir un processus de résolution et d’élaboration de solutions. Cette confiance du médiateur insuffle de la compétence : celle des parties à se comprendre et s’entendre. L’autorité s’exprime également à travers sa stature, par laquelle il a une autorité « visible », transmise par les mots, le ton et le non-verbal.

Pour Laurent Grandguillaume, la posture première n’est pas celle de la confiance en les parties mais ancrée dans les intérêts de l’Etat. Assez logiquement, sa stature d’autorité de l’Etat est posée. De fait, comment parler de neutralité ?

Ainsi, tant que les représentants de taxis et de VTC ne prendront pas l’initiative de s’entendre et de se comprendre, accompagnés par un tiers facilitateur (et non mandaté à l’obligation de solution), nous ne pourrons pas parler de médiation… puissent les médias s’emparer de l’info !

Florence Duret-Salzer


« Les plateformes de VTC doivent trouver des solutions pour régler la crise », Le Figaro, 04/02/16
2 Communiqué de presse, Hôtel de Matignon, Service Communication, 28/01/16
3 « Conflit des taxis : qui est Grandguillaume, le médiateur nommé par Matignon », Le Figaro, 27/01/16

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