8 rôles modèles féminins pour plus de mixité dans les métiers scientifiques et technologiques

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En cette journée internationale des femmes et des filles de science, voulue par l’ONU pour ouvrir l’horizon des sciences et nouvelles technologies à tou·te·s et stimuler les vocations de celles qui ne se projettent pas si facilement dans ces filières et métiers, l’équipe de CultureNego vous propose de (re)découvrir 8 rôles modèles de femmes de science…

… Vous allez voir qu’elles sont loin de l’image de la ratte de laboratoire !

Hedy Lamarr, la mère de la technologie wifi

C’est l’histoire d’une star hollywoodienne, surnommée « la plus belle femme du monde » dans les années 1930 et qui a fait un mauvais mariage (parmi d’autres : elle aura 6 époux dans sa vie !) avec un marchand d’armes ami de Mussolini. Après son divorce, la voilà devenue une fervente défenseuse des intérêts des Alliés en guerre contre l’Axe. Avec un ami musicien, Hedy Lamarr veut aider son pays en créant une invention anti-torpilles. Les deux autodidactes se passionnent pour la physique des fréquences et élaborent un système de transmission par étalement de spectre qu’ils vont offrir sur un plateau à l’Armée américaine. Celle-ci n’en fera rien pendant la guerre mais la « technologie Lamarr » intéressera de près les industriels de l’électronique dans les années 1970 : eh bien, oui, car cette technologie est au cœur du wifi, du bluetooth et du GPS.

Katalin Kariko, ne rien lâcher sur l’ARN messager

L’ARN messager, vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler ! C’est le secret de fabrication des vaccins produits en moins d’un an dans l’espoir d’en finir avec la pandémie de Covid. Mais longtemps, l’ARN messager a été très méprisé, les biochimistes n’ayant d’yeux que pour l’ADN. Sauf la chercheuse Katalin Kariko qui s’accroche alors à son sujet d’études, même si ça lui vaut une placardisation professionnelle pendant près de 10 ans. Des années de vache maigre qui s’achèvent quand elle renonce à la carrière universitaire pour accepter la proposition d’embauche du laboratoire BioNTech en 2013. L’entreprise a eu du nez. Et l’un des vœux les plus chers de la mère de Kariko pourrait bien être exaucé prochainement : pendant des années, celle-ci n’a cessé de soutenir sa fille en se scandalisant de ne pas entendre son nom prononcé à l’annonce des Nobel. Le bruit court que Katalin Kariko serait aujourd’hui assez haut placée sur la liste des jurés suédois

Dominique Langevin, passion émulsion

Vous vous souvenez de votre mallette de petit·e chimiste ? On pouvait en faire des trucs rigolos en mélangeant différents ingrédients : et que ça fume, et que ça mousse et que ça change de forme et de couleur quand on secoue fort. D’ailleurs, certains restaurateurs ont gardé cette âme d’enfant et proposent à la carte des plats qui pétillent, des entremets qui éclatent en bouche, des meringues géantes réalisées à partir d’un seul blanc d’œuf… C’est sur les travaux très sérieux que la physicienne Dominique Langevin conduit depuis plus de 30 ans sur les mousses et émulsions que ces génies de la nouvelle gastronomie dite « moléculaire » s’appuient. Mais ils ne sont pas les seuls : l’industrie cosmétique doit aussi beaucoup aux recherches de Langevin, qui s’appliquent concrètement dans la composition des savons et autres shampooings.

Rose Dieng-Kuntz, la télécommienne pré-IA

1976. L’école Polytechnique s’est à peine remise de l’entrée en son sein, quatre ans plus tôt d’une première femme, Anne Chopinet (qui, pour ne pas faire les choses à moitié, a intégré major) qu’un nouvel événement secoue sa traditionnelle culture d’école militaire d’élite française : une femme à la peau noire vient à son tour de réussir le concours. C’est Rose Dieng, une étudiante venue du Sénégal pour étudier les sciences à Paris… Avec en tête de s’orienter dans les telecoms. Elle y débute en effet sa carrière de chercheuse, se trouve aux premiers rangs de l’apparition du web et identifie rapidement qu’au-delà d’un réseau de partage d’information, il s’y joue une vraie révolution. La révolution des algorithmes ! A la tête d’une équipe de chercheurs dédiés, elle explore le vaste champ des possibilités d’automatisation offert par l’accélération des nouvelles technologies et ses travaux préfigurent ce que l’on appelle aujourd’hui l’intelligence artificielle. Celles que l’on surnommait « le cerveau sans frontières » a disparu prématurément en 2008, mais elle n’a cessé de se battre au cours de son existence contre le racisme et le sexisme ordinaires, qui selon elle, faisaient d’autant plus obstacles à l’épanouissement du talent des populations discriminées que ces mêmes populations intégraient injustement un sentiment d’infériorité.

Claudie Haigneré, la tête dans les étoiles

17 août 1996 : une navette décolle en direction de la station Mir avec à son bord la première femme européenne. Claudie Haigneré s’inscrit dans les pas de Valentina Terechkova, la toute première femme à avoir voyagé dans l’espace. Un sourire radieux sur les photos où l’équipe « planant » à bord du vaisseau marque à jamais les esprits. Mais la femme de sciences qui s’est préparée plus de 11 ans pour aller voir de plus près les étoiles et retournera dans l’espace en 2001 à bord de la station spatiale internationale est aussi une femme engagée : en politique (elle a même été ministre), dans le monde économique (elle est administratrice de plusieurs entreprises), en faveur de la vulgarisation scientifique pour donner à tou·te·s le goût de la science

Maria Telkes, la pionnière de l’énergie renouvelable

1947, deux femmes posent devant une maison à l’allure jamais vue. Une architecture résolument moderne et de grands panneaux clairs qui remplacent le tuilage de la toiture. La première maison autonome en énergie grâce au solaire vient d’être inaugurée. C’est le fruit de la rencontre entre Maria Telkes, une biophysicienne qui se consacre aux technologies thermiques alternatives au nucléaire et Eleanor Raymond, une architecte archi-cultivée qui cherche à bâtir la maison idéale… Une maison qui porterait l’héritage des savoirs ancestraux sur l’isolation tout en intégrant les dernières technologies, sans rien sacrifier à la beauté du bâtiment ni à la créativité du… enfin, de la designer !

Françoise Barré-Sinoussi, le combat inlassable contre le sida

Françoise Barré-Sinoussi partage avec Luc Montagnier le prix Nobel de médecine 2008. Une distinction consacrant la découverte du VIH en 1983 par les deux chercheurs. Le SIDA devient l’affaire de la vie de la virologue Barré-Sinoussi : elle poursuit ses travaux sur la maladie afin de contribuer à la mise au point de traitements (dont la trithérapie) tout en mobilisant les citoyen·ne·s sur la cause (notamment, aujourd’hui, en tant que Présidente du Sidaction mais en s’étant exposée depuis toujours dans les médias pour communiquer sur cette maladie faisant l’objet de tous les préjugés) et en soutenant les communautés de patient·e·s. Cette femme qui porte sur le temps un regard scientifique empreint d’humanisme et d’humilité a été nommée en mars 2020 à la tête du Comité Analyse, Recherche et Expertise (CARE) sur le Covid-19.

Josiane Serre, la mentor

En 1948, Josiane Serre obtient l’agrégation féminine de physique. Car oui, alors, le concours n’est pas le même pour les filles et les garçons qui veulent embrasser la carrière scientifique. Est-ce de là que vient la vocation de Serre pour promouvoir inlassablement l’accès aux grandes écoles et aux plus prestigieuses filières scientifiques à tou·te·s ? Qui sait. Reste qu’elle est l’autrice d’un rapport remis au Premier ministre en 1986 sur l’indispensable diversification des profils dans les établissements d’enseignement supérieur. Et ça fait du bruit dans le Landernau : il y est question de la proportion réduite de filles dans les classes prépas (alors qu’elles ont déjà à cette époque de meilleurs résultats au bac que les garçons) et de l’ouverture de ces mêmes classes d’élite aux sections techniques des lycées. Pendant que l’on débat sur son rapport, Josiane Serre agit : comme Marie Curie en son temps (vous auriez été un peu déçu.e.s, n’est-ce pas, si nous ne l’avions pas du tout mentionnée dans cet article ?), elle mentore des dizaines et des dizaines de jeunes femmes parvenues à intégrer l’ENS mais hésitant à candidater pour des postes universitaires ou à se positionner pour des places prisées en sciences appliquées dans le monde de l’entreprise. Disparue en 2004, Josiane Serre est dans le cœur de ces nombreuses anciennes étudiantes qu’elle a soutenues et motivées sans relâche, mais est hélas un peu effacée de la mémoire collective. A nous de faire changer le cours de cette histoire.

Marie Donzel

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