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8 progrès « des droits des femmes » qui bénéficient à toute la société

Au départ vues comme des « victoires pour les femmes », certaines  grandes transformations ont contribué à modifier profondément la société dans le sens d’un meilleur vivre-ensemble. Parce que le 8 mars, c’est toute l’année, voici 8 progrès « des droits des femmes qui ont profité à tou·te·s.

 

Temps de lecture : 6 minutes 

 

1. La liberté de disposer de son corps et de choisir sa méthode de contraception

La contraception a beaucoup évolué au fil des ans, depuis la « méthode du calendrier » jusqu’aux nombreuses versions du préservatif. L’invention de la pilule contraceptive en 1956, l’approbation de la Loi Neuwirth (1967) autorisant la contraception en France et finalement sa libération aux mineures dans les pharmacies du pays en 1974 ont été une révolution puisque ce traitement hormonal a permis aux femmes de prendre en main la libre disposition de leur corps et aux couples hétérosexuels de gagner en sérénité quant au contrôle des naissances. Ensuite, pendant les années 1980, l’épidémie du SIDA a remis au premier plan l’usage du préservatif, comme solution de prévention des IST mais aussi comme méthode de contraception. Dans les faits, la « capote » a ainsi contribué à un meilleur partage de la « charge contraceptive ». Aujourd’hui, une diversité de solutions existe et cela permet à chaque personne, chaque couple, de faire des choix libres, éclairés et « négociés » sur ce qui convient le mieux à sa situation.

 

 

2. Le suffrage universel

Le système de gouvernement démocratique s’est peu à peu installé dans la plupart des pays dans le monde. Sa légitimité est assurée par le droit au vote de tou·te·s les citoyen·ne·s. Dans ce contexte, le suffrage universel est essentiel : dans une société qui se veut « égalitaire », rien de plus juste qu’entendre l’avis des femmes sur leurs représentant·e·s politiques. Le combat mené par les « suffragettes » a laissé non seulement un héritage concernant le pouvoir de choisir sa/son leader, mais aussi l’exemple de l’importance pour chacun·e de se mobiliser tenir sa pleine place dans la société et faire entendre sa voix dans les affaires de la cité.

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3. Les réseaux féminins/réseaux mixité

La diversité est reconnue aujourd’hui comme un « facteur de performance » pour la plupart des entreprises. Les réseaux féminins, qui se sont largement développés depuis le début des années 2000, jouent un rôle important dans l’accélération de la lutte contre le plafond de verre, en donnant aux femmes des opportunités de networker, de s’inspirer, de prendre confiance. Le succès de ces groupes de solidarité professionnelle montre combien il est important d’appartenir à une communauté de bienveillance et de nourrir des liens sociaux de qualité. Ces réseaux « féminins », souvent constitués au démarrage exclusivement de femmes, évoluent aujourd’hui pour la plupart vers des réseaux « mixité », ouverts aux hommes et s’emparant de problématiques partagées par les deux genres (articulation des temps de vie, autocensure…). Ils s’imposent aussi de plus en plus comme des instances « think&do tanks » qui apportent à l’entreprise des idées innovantes pour repenser les process de carrière et d’organisation du travail, mais aussi les transformations de leur entreprise et de leur secteur…

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4. Diversification des visions de la féminité et de la masculinité

Beaucoup d’inégalités de genre trouvent racines dans les stéréotypes sur la féminité et la masculinité. Pour les déconstruire, il a fallu tout d’abord repenser ce que l’on appelait « être une femme » : la « féminité » ou plutôt les différentes formes d’être féminin. De la même façon que l’on « ne naît pas femme, on le devient » (par l’éducation et par la socialisation que l’on reçoit), les hommes aussi apprennent à parler, à se comporter et à agir en société d’une manière particulière par rapport à leur genre. Et parfois, nous nous voyons limité·e·s par ces normes : une fille ne peut donc pas jouer au foot et un garçon ne peut pas vouloir être coiffeur sans être gay ? Repenser l’idée d’une « féminité » c’est aussi proposer des nouvelles visions de la « masculinité ». En d’autres termes, nous avons tou·te·s le droit de questionner notre héritage social et notre façon de vivre notre identité de genre et de proposer de nouveaux modèles de ce qu’être femme ou homme veut dire. Et nous pouvons aussi reconnaître que l’on ne voit que la pointe de l’iceberg des identités : les non-binaires et les queers en témoignent, qui adressent peut-être à toute la société que le marqueur de genre n’est pas forcément le premier à prendre en compte pour appréhender la personnalité de quelqu’un·e…

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5. Popularisation de la charge mentale

Il n’y a plus d’excuse pour ne pas comprendre le concept de charge mentale depuis qu’il a été littéralement « viralisé » par la BD de l’illustratrice Emma  ! La « charge mentale » , c’est cette attribution inconsciente et invisible de toute une série de responsabilités à un individu… Comme au hasard, à « maman » qui est supposée penser aux affaires domestiques, avoir en tête ce qu’il y a dans le frigo et ce qu’il manque dans les placards, connaître la pointure de chaussures de la progéniture, s’inquiéter de prendre rendez-vous chez le pédiatre ou ne pas oublier de passer à la pharmacie racheter du dentifrice. Si la notion de charge mentale a été popularisée dans le cadre d’une rénovation récente du paradigme du partage des tâches domestiques, ce n’est cependant pas un concept réservé ni à la sphère personnelle ni aux femmes. Telle que l’a définie la sociologue Monique Haicault dans les années 1980, la charge mentale, c’est tout ce qui dans une mission confiée à un individu va « encombrer » son esprit en plus de sa concentration sur l’exécution des tâches à effectuer. Étroitement liée au sentiment de responsabilité, cette charge, quand elle est excessive, est source de fatigue, voire peut participer aux conditions d’un burn-out. La reconnaître, dans toutes les sphères de l’existence, vie personnelle comme vie professionnelle, est un premier pas pour prévenir les risques de surengagement et leurs conséquences sur l’état physique et psychique des personnes.

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6. La conscientisation des biais décisionnels

Une femme trentenaire « risque » de tomber bientôt enceinte ? Une femme qui s’affirme avec panache est « bossy » ? Quant à celle-ci qui faire carrière avec ambition, au fait, comment vont comment ses enfants ? Et celle-là, qui a obtenu une promotion, ne joue-t-elle pas un peu trop de ses « charmes » pour convaincre le management de soutenir sa candidature ? Les stéréotypes de genre (f)ont la vie dure ! Ils ne sont pas réservés aux femmes : 89% d’entre elles déclarent en faire l’objet mais aussi 88% des hommes… Néanmoins, les effets des stéréotypes, qu’ils soient connotés positivement ou négativement, ne sont pas les mêmes pour les deux genres, comme l’a démontré l’anthropologue Françoise Héritier avec le concept de « valence différentielle des sexes » selon lequel ce qui se rapporte à la « masculinité » a plus de valeur sociale que ce qui est rangé dans les attributs de la « féminité ». Le problème est là, en fait : dans la transformation des stéréotypes en biais décisionnels qui portent à conséquences sur la vie quotidienne et la progression socio-professionnelle des individus. S’il est difficile de lutter contre les stéréotypes (nous sommes 84% à reconnaître en véhiculer), nous pouvons en revanche agir pour empêcher le « système rapide » de notre cerveau (celui qui apprécie le confort, la sécurité, l’habitude et les opinions toutes faites) de décider à notre place. La mise en évidence du mécanisme des biais décisionnels, notamment grâce aux travaux du Nobel Daniel Kahneman, constitue une véritable avancée pour la lutte contre les effets du sexisme ordinaire, mais plus globalement pour un management de meilleure qualité, adossé à des prises de décision mieux conscientisées.

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7. L’amplification de la parole des femmes

Le débat et la libre expression aident la démocratie à respirer : exister en société c’est aussi avoir droit à une voix et la faire entendre. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, nous avons franchi une nouvelle ère dans la communication. Le mouvement #MeToo en est une éclatante démonstration : l’hashtag utilisé par Alyssa Milano – qui avait été créé dix ans auparavant par la militante féministe Tarana Burke – pour dénoncer les agressions subies par les femmes a provoqué une avalanche de témoignages… Et entraîné tout un mouvement de conscientisation appelé à déboucher sur une rénovation et une diversification des rapports femmes/hommes dans l’ensemble de la vie sociale (dans la rue comme au travail, sur le web comme dans la sphère familiale…). Si ce mouvement charrie aussi son lot d’inquiétudes (peur des dénonciations calomnieuses pour commencer, mais aussi de voir advenir une société aseptisée, privée de rapports de séduction voire de convivialité…), nous pouvons prendre le pari que cette « libération de la parole » des femmes, qui doit aussi être une « libération de l’écoute » va profiter à une saine mixité, faite de confiance et de sentiment de sécurité pour tou·te·s. Ce qui est bon signe au-delà de la condition des femmes : tout le monde a à gagner à ce que chacun·e se sente pleinement inclus·e et puisse ainsi apporter le meilleur de soi-même au collectif.

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8. Critique des normes de beauté

Les canons de beauté inatteignables concernent tout le monde : des enfants aux adultes de toute ethnie, genre ou classe sociale. La critique de ces normes esthétiques est habituellement menée par des femmes – dont les corps sont souvent la cible des exigences physiques – mais elle concerne toute la société. Apprendre à s’aimer et à s’accepter : ce n’est pas un « truc de meuf » ! Par ailleurs, le plus on s’admire, le plus on a envie d’être belle/beau de notre propre façon : avec ou sans maquillage ; avec les habits à la mode ou des tenues plus vintage ; en s’habillant d’une façon plus gender fluid, plus discrète ou plus flashy, peu importe ! L’important est d’être libre pour s’afficher comme l’on veut : c’est ça, la vraie beauté.

 

Marcos Fernandes & Marie Donzel

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