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Armistice

11 novembre 1918 : les atrocités de la Grande Guerre prennent fin à la signature de l’armistice à Rethondes. Sept mois plus tard, le 28 juin 1919, la signature du traité de Versailles clôt les hostilités entre les belligérants. Enfin, provisoirement. Face à cet échec, une question demeure : quelles sont les clés pour construire une paix durable ?

Temps de lecture : 3 min

  1. Ne pas faire perdre la face à un ennemi vaincu

Si Clémenceau, Wilson et Lloyd George ont raté la paix après avoir gagné la guerre, c’est en grande partie à cause de leur volonté de mettre l’Allemagne à genoux sans lui laisser la possibilité de garder la tête haute.

Pas de traité négocié en effet : toutes les contre-propositions soumises par l’Allemagne ayant été rejetées, les vaincus n’ont pas eu de choix que de signer ce qu’ils considèreront comme le diktat de Versailles. De fait, les conditions sont fatales. Démilitarisée, dépossédée de 13% de son territoire et de ses colonies, contrainte de payer une amende colossale, l’Allemagne s’en repart de Versailles profondément humiliée. Le déshonneur ne pouvant mener qu’au ressentiment, au sortir de l’armistice l’Allemagne est animée par une seule volonté : se venger.

 

  1. Prévoir des contreparties réciproques

Au-delà de l’humiliation, les Allemands sont économiquement étranglés par les réparations demandées par la France, qui lui fait porter l’entière responsabilité de la Grande Guerre. À tort, car l’Allemagne ne sera jamais en capacité de rembourser un tel montant irréaliste.

Comme l’écrira Keynes dans Les Conséquences économiques de la paix : « Les délégués français à la Conférence de la Paix sacrifièrent les intérêts réels de leur pays, à des promesses irréalisables, obtenues pour des raisons de force majeure, et qui ne valent pas plus que le papier sur lequel elles sont inscrites ». A l’économiste de conclure : « Si nous cherchons délibérément à appauvrir, j’ose prédire que la vengeance sera terrible ».

Funeste prédiction : l’Allemagne n’a d’autre choix que de faire tourner la planche à billets, ce qui alimentera une hyperinflation dévastatrice en 1922 et 1923 (hausse des prix de 5300% en 1922, 16 millions de % en 1923). L’introduction en 1923 d’une nouvelle monnaie (le Rentenmark, qui laissera place au Deutsche Mark) et un plan d’échelonnement des réparations dues en 1924 permettra à l’Allemagne de souffler quelques années… Jusqu’au retour du chaos avec la crise de 1929. Retour de l’inflation et chômage de masse alimenteront la montée du nazisme et ses tragiques répercussions.

 

Pour sortir d’une épreuve de force, il est ainsi primordial pour le vainqueur :

  1. De ne pas faire perdre la face à son ennemi vaincu
  2. et de lui laisser une chance de se relever.

Louis XI, dit le Prudent, l’avait bien compris en mettant un terme à la guerre de Cent Ans. Le 29 août 1475, le traité de Picquevigny prévoit ainsi le remboursement au roi Édouard IV d’Angleterre de sa dernière campagne militaire, ainsi que des victuailles pour que ses archers affamés à Calais puissent rentrer chez eux le ventre plein. Quelques écus et du pâté : le tour était joué !

À un ennemi vaincu, il faut donc toujours laisser une porte de sortie honorable. « Ne jamais acculer un chat dans un coin sans une chatière ou il vous sautera au visage » nous dit Sun Tzu. Ces enseignements sont bien évidemment valables en négociation commerciale et dans le dialogue social où il faut parfois rédiger un communiqué de victoire à ses interlocuteurs pour qu’ils renoncent au combat. Les enseignements de Louis XI résonnent toujours avec une certaine acuité à l’annonce du bras de fer sur la réforme des régimes de retraite par exemple.

 

Valentine Poisson & Jean-Édouard Grésy

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