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Coronavirus : Comment rester calme face à l’anxiété ?

L’épidémie due au coronavirus est arrivée au niveau 2 en France. Depuis, le gouvernement et les entreprises ont pris plusieurs mesures de vigilance, comme l’annulation d’événements, le confinement ou la recommandation de ne pas se serrer les mains et ne pas se faire la bise. Nous avons discuté avec la psychiatre Sabine Berlière, qui nous a livré des conseils pratiques pour faire face au sentiment d’impuissance et d’anxiété.

 

Temps de lecture : 3 minutes

Pourquoi ça fait peur ? 

 

De façon générale, la question des virus fait peur parce qu’il s’agit de quelque chose que l’on ne voit pas — c’est une menace invisible. Cela s’approche des angoisses archaïques, comme la peur du noir, où peuvent se cacher des dangers que l’on ne perçoit pas, mais qui nous perçoivent.

 

Dans ce contexte, il nous faut néanmoins un coupable identifiable : les gens du métro, nos collègues de bureau, même nos proches sont vus comme la « menace » potentielle, visible et perceptible.

 

Cette nouvelle épidémie due au coronavirus a également déclenché des mesures inhabituelles. C’est quelque chose de complétement nouveau, du jamais-vu, même pour les anciennes générations, avec un niveau de communication autour du sujet incroyablement élevé dans le monde entier. Ceux qui ont suivi la progression lente de la propagation du virus — et c’était très difficile de ne pas être au courant — ont assisté à son évolution avec un sentiment d’inexorabilité et d’imprévisibilité.

 

L’imprévisibilité limite notre capacité d’anticiper et de prévoir et cela crée de l’angoisse. Ce virus est quelque chose d’invisible et de microscopique, mais qui a provoqué des changements majeurs dans la société, des rapports sociaux à l’économie. L’inédit et l’imprévisible sont des grands moteurs d’angoisse.

 

Comment garder l’esprit calme pour ne pas se laisser gagner par la paranoïa et par l’anxiété ?

 

La couverture médiatique au niveau global peut générer de l’anxiété, mais elle nous permet également de lutter tous ensemble, dans un mouvement assez solidaire, pour trouver une solution au plus vite. De la même façon, les préconisations du gouvernement ont un effet anxiolytique : elles nous rappellent à la fois que le virus est là, que la menace existe, mais que nous avons la possibilité de réagir et de faire quelque chose, comme se laver bien les mains, utiliser des gels désinfectants, éviter les grands rassemblements ou ne pas se faire la bise. Se réapproprier les gestes et être actif dans la lutte peut aider à combattre le sentiment d’impuissance, qui est souvent source d’angoisse.

 

Certaines mesures ont été prises dans les entreprises, comme l’interdiction de se faire la bise et de se serrer la main. Cette vigilance sanitaire peut-elle impacter négativement le climat social du collectif ?

 

Ces mesures nous rappellent en permanence que l’épidémie est là, mais de toute manière il serait très difficile de l’ignorer. Je n’ai pas l’impression que cela renforce l’anxiété, puisque nous devons et pouvons faire quelque chose et réagir.

 

Pour faire face à l’anxiété et à la paranoïa, nous pouvons toujours introduire la question du rire. Il me semble que l’antidote contre la peur de l’autre c’est de rire ensemble. Je travaille dans un CMP (Centre Médico-Psychologique), où j’ai des patients exposés à cette crainte de l’autre. En ce moment, je leur fais le salut japonais, je me penche avec les mains jointes et je leur dis « Voilà, maintenant il faut faire le salut japonais ».

 

Je parle bien évidemment de rire ensemble et non de se moquer de l’autre. Rire ensemble aide à recréer du lien là où l’autre était une menace. Le rire est un mécanisme de défense assez efficace. Je propose également une analyse pratique des données : 3000 morts sur 7 milliards d’habitants sur Terre, nous avons encore de la marge…

 

L’anxiété latente liée à l’épidémie a contribué à renforcer certains stéréotypes envers les Chinois. Comment faire face aux clichés pour favoriser une forme de bienveillance nécessaire au vivre ensemble ?

 

Cette hostilité envers les chinois était peut être en partie liée au fait que les chercheurs ont évoqué les plats locaux, tels que la soupe de serpent et de chauve-souris, comme la source du virus. Mais cela aurait pu être l’escargot de Bourgogne… Nous avons tous des particularités culturelles, culinaires…

Désormais ce lien avec la Chine s’est dilué avec l’apparition d’autres foyer de l’épidémie dans le monde, comme l’Italie et la France. L’important est de relativiser en nous rappelant qu’à notre tour nous pouvons être persona non grata dans d’autres pays et que nous sommes tous « l’étrange étranger » de quelqu’un.

 

Interview réalisée par Marcos Fernandes

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