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Handicaps psychiques : parlons-en !

Pas facile de parler du handicap. Mais quand celui-ci est invisible et pire encore, qu’il est dû à un trouble psychique, le sujet devient tabou. Pourtant, 1 personne sur 4 connaît dans son entourage (amis, famille, collègues) au moins un proche en situation de handicap psychique.

 

Temps de lecture : 2 min

 

Mieux cerner la question du handicap psychique

Pour lever le tabou, il faut démêler la nébuleuse. Pour commencer, les handicaps psychiques sont trop souvent amalgamés avec les handicaps mentaux. Il aura fallu attendre 2005 pour que la loi française reconnaisse officiellement les troubles psychiques comme étant susceptibles d’être à l’origine d’un handicap, créant ainsi une catégorie à part entière déconnectée de celle des handicaps mentaux. Car si ces deux formes de handicaps peuvent provoquer des altérations cognitives, elles se distinguent en de nombreux points :

Source : IMS

 

Le handicap mental est donc lié à une déficience intellectuelle, le handicap psychique à un trouble psychique. Les personnes atteintes de tels troubles ont le plus souvent des capacités mentales, cognitives et intellectuelles intactes, bien que la possibilité de les utiliser puissent être réduites dans certaines situations.

Dans un contexte professionnel, les manifestations des troubles psychiques sont très variées et peuvent impacter la pensée, les perceptions, la communication, l’attention, la mémoire, l’humeur ou le comportement des personnes. Ce qui peut, sans que cela soit systématique ni permanent, affecter la qualité de leur travail et nuire à leur climat relationnel.

La diversité de ces symptômes est à l’image de celle des troubles qui les provoquent. Un rapide tour d’horizon s’impose.

 

Tour d’horizon des familles de troubles psychiques

  • Les psychoses, comme la schizophrénie. Les symptômes de la schizophrénie sont très hétérogènes : délires et hallucinations, retrait social et difficultés cognitives pouvant provoquer une désorganisation de la pensée et des propos incohérents. Elle se déclare généralement pendant l’adolescence.

 

  • Les troubles de l’humeur, comme le trouble bipolaire. Anciennement appelé trouble maniaco-dépressif, le trouble bipolaire est une pathologie qui induit une alternance entre épisodes maniaques (idées de grandeur, hyperactivité, forte estime de soi), épisodes dépressifs (irritabilité, grande tristesse, fatigue, perte de confiance en soi) et périodes d’humeur normale. Il s’agit d’une maladie grave (1 malade sur 2 fera au moins une tentative de suicide dans sa vie et 15% en décèderont d’après la HAS), d’autant qu’elle est difficile à diagnostiquer.

 

  • Les troubles graves de la personnalité. Les personnalités pathologiques sont nombreuses (personnalités schizoïdes, paranoïaques, obsessionnelles, antisociales, etc.) mais ont toutes en commun de tourmenter les liens sociaux. C’est pourquoi ces personnes sont parfois qualifiées de « relations toxiques ». Attention, nous pouvons toutes et tous présenter à des degrés divers des caractéristiques comportementales de ces personnalités sans atteindre un stade proprement handicapant.

 

  • Les troubles anxieux (TOC, phobies invalidantes). Les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC) trouvent leur origine dans un état anxiogène. Les obsessions prennent alors la forme de pensées envahissantes et sans cesse répétées. Pour pallier ce sentiment de détresse, les personnes tentent de reprendre du contrôle par des stratégies de neutralisation prenant généralement la forme de rituels (vérifier que la lumière est éteinte, répéter un geste un certain nombre de fois, ranger les objets d’une certaine façon, se laver les mains très fréquemment, etc.).

 

  • Les troubles addictifs. Ils regroupent l’alcoolisme, les toxicomanies, le tabagisme, les addictions aux médicaments et les addictions comportementales (comme les jeux d’argent). Les personnes développent une dépendance nocive vis-à-vis de substances psychoactives ou de comportements qui agissent sur leur cerveau en modifiant leur activité mentale. Les effets recherchés dans la consommation comme les effets du sevrage liés à son arrêt varient en fonction de l’addiction. À noter qu’un trouble psychique peut provoquer un trouble addictif, comme un trouble addictif peut générer ou renforcer un trouble psychique.

 

Soulignons que cette liste n’est pas exhaustive et que tous les troubles psychiques ne sont pas nécessairement handicapants. Il s’agit donc de rester précautionneux quant à la qualification de ces troubles complexes en laissant aux professionnels le soin du diagnostic.

 

Lever le tabou pour permettre l’inclusion

D’après une enquête IPSOS réalisée en 2017, 70% des Français considèrent que la société ne favorise pas l’inclusion des personnes en situation de handicap psychique et 66% estiment que ces dernières n’ont pas suffisamment accès au travail.

Plusieurs raisons peuvent expliquer un tel manque d’inclusion :

  •     Des troubles sous-diagnostiqués. Les personnes en situation de handicap psychique ne sont pas toujours conscientes de leur handicap invisible. Puisqu’elles conservent toutes leurs capacités mentales et que les symptômes sont mouvants avec des hauts, des bas et des périodes stables, il faut parfois du temps avant que le diagnostic soit confirmé.

 

  •     Un silence sur le sujet. D’autres personnes peuvent aussi basculer dans le déni, la minimisation des troubles ou simplement ne pas oser en parler. En effet, la société stigmatise les personnes en situation de handicap psychique, jusqu’à les rendre responsables de la perturbation de leur équilibre psychologique.

 

  •     Un malaise de l’entourage. Parfois c’est aussi l’entourage qui, par méconnaissance, va minimiser le sujet ou par malaise, contribuer à l’isolement des personnes atteintes de troubles psychiques. Les symptômes peuvent en effet être très déroutants, ils ne sont donc généralement pas sans incidence sur la vie affective de ceux qui les manifestent.

 

Malgré ces difficultés, l’inclusion des handicaps psychiques est un réel enjeu pour la société et pour les entreprises :

  •     D’une part parce que ces dernières sont tenues responsables de veiller au bien-être physique et mental de leurs salariés (article L4121-1 du Code du travail),

 

  •     D’autre part pour des raisons de marque employeur : 85% des Français interrogés par l’enquête IPSOS déclarent à ce titre avoir une meilleure image des entreprises engagées pour le handicap psychique et mental.

 

  •     Et surtout parce que ces handicaps psychiques peuvent survenir à n’importe quel âge et concerner n’importe qui d’entre nous.

 

L’ouverture est l’ingrédient clé de la compréhension de nos différences et du dialogue inclusif. Il est ainsi toujours bon de développer sa curiosité et de muscler son empathie vers son entourage… Sans s’oublier soi-même !

 

Valentine Poisson

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