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Journée Internationale des Infirmier·e·s #3 – Emmanuelle R. : « Nous n’avons pas attendu la crise pour bien faire notre travail »

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Hier, c’était la journée internationale des infirmier·e·s. Une date qui honore la mémoire de Florence Nightingale, femme de vision qui porta dès les années 1860 la question de la formation et des conditions de travail des soignants… Selon la logique de ce qu’on appelle aujourd’hui la « symétrie des attentions » voulant que mieux sont traités celles et ceux qui ont un métier en relation avec l’humain, mieux sont traités les humains dont elles/ils prennent soin.

Nous avons décidé de donner la parole à trois infirmier·e·s : avant-hier, Noémie P. abordait la nécessité d’entendre les attentes des soignants même – et surtout – hors temps de crise ; hier, Doudou K. évoquait l’importance de la reconnaissance et la façon dont elle s’exprime autant à travers de petits mots et petits gestes que de grands applaudissements ; aujourd’hui, Emmanuelle R., infirmière en Maison d’accueil spécialisée (MAS) en Ardèche parle de son attachement au « bien faire son travail », point pivot des demandes de la profession.

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Comment naît une vocation d’infirmier·e ?

Clairement, pour moi ce n’était pas une vocation. Ce qui n’empêche pas que j’aime mon métier ! J’ai choisi d’être infirmière car je voulais prendre soin des gens de façon concrète et assez rapide, avec des études pas trop longues.

Quelles sont les satisfactions de ce métier ?

Quand on a un résident qui ne va pas bien et qu’on arrive à trouver pourquoi et à le soulager. On a aussi l’avantage de travailler en pluridisciplinaire avec d’autres corps de métier : psy, ergothérapeute, éducateur/éducatrice… Cela m’enrichit énormément, de pouvoir croiser les différents regards de chacun, liés à la diversité de professions et de personnalités. C’est vraiment gratifiant de voir qu’on prend un chemin commun et cohérent, et qu’au bout de quelques semaines, quelques mois ou quelques années on constate une vraie évolution chez nos patients.

… Et les frustrations ?

C’est la frustration du manque de reconnaissance. C’est très bien que les Français applaudissent à 20h mais que ce soit dans le monde soignant ou ailleurs, les gens n’ont pas attendu la crise pour bien faire leur travail. On pense à nous en temps de crise, mais le reste du temps ? Je sais pourquoi je suis partie du monde de l’hôpital et je n’y retournerai pas. C’est assez contradictoire car il y a l’image d’une profession appréciée et, en même temps, on a l’impression de n’avoir pas beaucoup de valeur parce qu’on ne nous donne pas les moyens. C’est bien sûr un manque de reconnaissance financière, on a des salaires de merde. On travaille en premier lieu parce qu’on a besoin de manger.

Personnellement, je suis aussi frustrée de la place un peu bâtarde qu’on occupe : d’un côté nous avons des responsabilités et de l’autre on dépend du médecin. Parfois, j’ai le sentiment que nous ne sommes pas pris au sérieux. Par exemple, dans mon travail je me rends compte qu’il n’y a pas que le soin technique, c’est aussi du soin relationnel, et c’est toute une partie du métier qui n’est pas connue et qui n’est pas mise en valeur. C’est un peu comme si on avait des billes dans plusieurs domaines, bien sûr ce n’est pas suffisant pour être expert, mais ça nous permet quand même de faire certaines choses. Et on ne peut pas, parce qu’il ne faut pas aller sur le terrain de l’autre, les professions sont cloisonnées… Après, j’ai quand même la chance d’être dans un établissement ouvert à la discussion.

La France entière a applaudi les soignant·es pendant la crise COVID-19. Comment avez-vous vécu cela ?

Alors, moi pas du tout, parce qu’en Ardèche on ne voit pas beaucoup de balcons ! Ça me touche beaucoup pour les soignants hospitaliers, parce que dès que j’ai commencé à mettre les pieds dans ce milieu je leur ai toujours tiré mon chapeau. Ils ont énormément de mérite. Pour eux, je trouve que les applaudissements sont une bonne chose et si ça peut réveiller un peu les consciences collectives, c’est bien aussi.

Mais je suis un peu mitigée sur le côté très spectaculaire de cet élan de solidarité qui en réalité n’engage pas beaucoup. Peu de temps après le début de la crise, j’ai vu des témoignages d’infirmières à qui l’on demandait de déménager… C’est peut-être aussi parce que je ne vis pas du tout le truc, à part une fois où j’étais en appel visio avec des amis à Paris, alors on ne se rend pas compte. En revanche, il a aussi beaucoup de gestes de solidarité très concrets. Nous avons eu une livraison de crème pour les mains, des livraisons de repas… C’est sûr que ça fait plaisir.

Avec qui souhaitez-vous partager cette reconnaissance ?

Je pense qu’il y a un grand nombre de métiers qu’on a appelé héros et héroïnes car on s’est rendu compte qu’on avait besoin d’eux pour que la société fonctionne. Je tire mon chapeau aux enseignants qui doivent faire cours à distance, c’est clairement pas des vacances… Aux éboueurs aussi, car s’ils n’étaient pas là on vivrait dans une déchèterie à ciel ouvert… Tous les métiers de la santé, de l’éducation et de l’environnement : dans une telle situation de crise, je me dis que dans ces domaines on ne peut mettre personne de côté. Enfin, mon immense reconnaissance aux artistes, sans qui le confinement et la vie en général seraient bien moroses ! Toutes celles et ceux qui nous ont permis de lire, regarder, écouter et donner envie de créer…

 

Propos recueillis par Valentine Poisson

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