En chiffres : où en est-on sur le front de l’égalité salariale ?

Une chose est sûre, le principe « à travail de valeur égale, salaire égal » reste à l’état de principe, même en 2022.  Voici quelques chiffres pour mieux s’en rendre compte . Et puisque l’étendue de ces inégalités est encore très vaste, nous allons nous concentrer aujourd’hui sur les écarts salariaux entre les hommes et les femmes en France, en passant en revue trois types d’écart de rémunération… et une multiplicité de facteurs explicatifs. 

L’écart salarial total 

Tout d’abord, on peut mesurer les inégalités hommes/femmes en prenant en compte l’écart salarial total. Ce dernier est considéré comme « total », car il prend en compte les différences de temps de travail entre les actifs, mais aussi la ségrégation professionnelle, (la répartition des travailleurs entre les professions, basée sur des caractéristiques démographiques, ndlr.) et le type d’emploi et le statut. Ainsi, en France, en 2017, d’après le rapport « Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé » de l’INSEE« , publié en 2020, les femmes obtiennent  en moyenne une rémunération de 28,5% inférieure à celle des  hommes. 

Comment l’expliquer ? On peut mettre en lumière plusieurs facteurs. D’abord, le temps de travail y est pour beaucoup, puisque 80% des temps partiels sont occupés par des femmes, d’après le rapport « Emploi, chômage, revenus du travail » de l’INSEE (2019). Si l’on veut comprendre pourquoi une part si élevée des femmes (en l’occurrence, des mères) occupe un emploi à temps partiel, la réponse est à trouver du côté du concept d’”arbitrage rationnel” des ménages entre apport des revenus au foyer et coût de la garde d’enfants. Autrement dit, c’est celui (ou celle) qui gagne le moins des deux qui réduit son temps de travail pour s’occuper des enfants le mercredi. Toujours d’après ce rapport de l’INSEE, la part des femmes à temps partiel croît avec le nombre d’enfants, puisque 25% des femmes qui n’ont pas d’enfants sont à temps partiel  (contre 8% des hommes à temps partiel), tandis que 42% de celles qui ont 3 enfants ou plus sont à temps partiel (contre 6% des hommes à temps partiel). Un hasard ? Hum. Pas tellement. Figurez-vous que 22% des femmes à temps partiel déclarent l’être pour pouvoir s’occuper de leur(s) enfant(s)… contre 6% des hommes. A noter aussi la part du “temps partiel subi” : c’est principalement dans les secteurs très féminisés que l’on retrouve les fonctions multi-employeurs et les emplois du temps en gruyère.  

La ségrégation professionnelle apporte en effet un autre niveau d’explications  . 47% des femmes françaises se concentrent sur une douzaine de métiers seulement, dans une nomenclature qui en identifie 87. De plus, 80% des ingénieurs informatiques sont des hommes, 91% des techniciens et agents de maintenance aussi, là où 97,7% des assistants maternels, aides à domicile et aides ménagères sont des femmes. Or, ce n’est pas révéler un scoop que de noter que  ces différents métiers ne paient pas autant. 

Enfin, le type d’emploi et le statut ont leur rôle à jouer dans l’écart salarial global entre les hommes et les femmes. Le plafond de verre persiste… À nous montrer que plus on monte dans la hiérarchie des organisations, plus rares se font les femmes. Or, la logique veut aussi que plus on prend de responsabilités, mieux on est payé. Conclusion : la rareté relative des femmes dans l’encadrement dirigeant des organisations contribue à accroître les écarts à l’échelle globale. L’indicateur d’inégalité salariale globale nous renseigne donc à la fois sur les écarts de richesse entre femmes et hommes et sur les freins qui persistent à limiter la progression socioprofessionnelle des femmes. 

L’écart salarial en équivalent temps plein  

Contrairement à l’écart salarial total, l’écart salarial en équivalent temps plein (EQTP), considère les différences de taux horaire. C’est cette donnée que l’on va par exemple retenir pour estimer qu’à partir d’une certaine date dans l’année, les femmes travaillent “gratuitement. Concrètement, en France, en 2017, les femmes gagnaient en moyenne 19% de moins en EQTP que leurs homologues masculins, d’après l’étude de l’INSEE. 

Ici aussi, les facteurs explicatifs sont nombreux. Si le temps de travail n’intervient pas, l’écart des salaires en EQTP entre les sexes augmente aussi bien avec le diplôme, qu’avec l’expérience professionnelle, toujours d’après le rapport de l’INSEE : en 2017, il s’élève à 29,4 % pour les titulaires d’un Bac + 3 ou plus, contre 15,8 % pour les personnes qui n’ont pas le baccalauréat; et à 6,4 % parmi les personnes ayant moins de 5 ans d’expérience professionnelle, pour grimper à 21,7 % pour celles qui ont plus de 30 ans de carrière. 

La ségrégation professionnelle explique également ces inégalités, puisque 68% de l’écart provient du fait que les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes postes, autrement dit, un emploi donné au sein d’un établissement donné. Aussi, les femmes n’ont pas la même facilité d’accès aux postes les mieux payés, puisque la probabilité pour une femme d’accéder à un emploi parmi les 10 % les mieux rémunérés est de 36 % inférieure à celle des hommes en 2017. 

Enfin, la maternité est également un facteur explicatif important , puisque les inégalités de salaire en EQTP augmentent fortement avec le nombre d’enfants. Plus particulièrement, et toujours selon l’INSEE, à partir du deuxième enfant, le salaire des femmes devient inférieur de 21 % à celui des hommes pour les parents de deux enfants, et de 31 % pour les parents de trois enfants ou plus, contre 12 % pour ceux ayant un seul enfant et 7 % pour les personnes sans enfant. 

L’écart salarial résiduel ou “inexpliqué”

L’écart salarial résiduel, quant à lui, ne peut être expliqué par des facteurs objectifs. Il s’agit donc d’un écart salarial « toutes choses égales par ailleurs »… On l’appelle aussi  l’écart inexpliqué. Toujours d’après le rapport de l’INSEE, en 2017, l’écart résiduel entre le salaire des hommes et le salaire des femmes reste de 5,3%. Cet écart, inexpliqué par les facteurs évoqués  ci-dessus, relèverait de discrimination liée au genre… 

Anaïs Koopman, avec Clémentine Buisson et Marie Donzel

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