Point Culture G : les « parties prenantes »

En anglais, on dit « stakeholder », qu’on pourrait traduire littéralement par « détenteur de piquet ». Toute une métaphore indiquant la position d’un acteur équipé d’un tuteur pour veiller à la rectitude du développement d’un projet… Et d’un bâton pour punir si la tournure des choses ne lui convient pas.

En français, on parle de « parties prenantes ». Des parties, ce sont des entités qui appartiennent à un tout. Elles sont « prenantes » parce qu’elles sont dans une relation où elles donnent à ce tout et reçoivent de ce tout. Les parties prenantes d’une entreprise, ce sont des acteurs qui sont, d’une façon ou d’une autre, concernés par la stratégie de l’entreprise, les conditions de sa mise en œuvre et les effets que l’activité de cette entreprise produit (production de richesse, emploi, mais aussi externalités positives ou négatives).

 

 

Pour bien comprendre ce que sont les parties prenantes, et comment elles interagissent avec l’acteur central de l’environnement, regardons l’entreprise comme un écosystème.

Un écosystème est un ensemble d’éléments vivants qui sont en interrelations au sein d’un environnement commun. Ces interrelations sont nécessaires à la survie de l’écosystème : ainsi, tous les acteurs impliqués ont une part de responsabilité dans le fonctionnement systémique de l’ensemble et tous ont aussi intérêt à ce que l’écosystème soit préservé. Ainsi, l’entreprise elle-même qui fait centralité dans son propre écosystème n’a pas intérêt à « rincer » ses fournisseurs en leur faisant trop baisser leurs prix car si elle déstabilise leur modèle économique jusqu’à les conduire à la faillite, elle perd en capacité d’approvisionnement donc de production.

 

 

Schématiquement, on peut distinguer deux grands types de parties prenantes de l’entreprise :

– Les parties prenantes internes : le collectif des collaborateurs et collaboratrices, le corps managérial, les instances représentatives du personnel, les corps intermédiaires, les business units, les fonctions dites « supports » (RH, Achats, Direction financière, Direction de la Communication), la RSE, les réseaux et communautés, l’éventuelle Fondation d’entreprise, les entreprises incubées, le programme d’intrapreneuriat…

– Les parties prenantes externes : l’ensemble des prestataires et fournisseurs de l’entreprise, ses sous-traitants, ses partenaires, ses distributeurs, ses clients, les pouvoirs publics, les instances d’évaluation et de certification, les médias, les influenceurs, les lobbyistes…

 

 

Bref, les parties prenantes, ce sont TOUS les acteurs de l’écosystème de l’entreprise qui sont aussi bien en capacité de la contraindre (ex : les pouvoirs publics, via le droit), de la faire fonctionner (ex : les collaborateurs & collaboratrices ; les fournisseurs…), de l’influencer (ex : les lobbyistes, les partenaires, les réseaux), de lui faire gagner de l’argent (ex : les distributeurs, les clients finaux), de contribuer à son développement et à sa transformation (ex : les entreprises incubées, les programmes d’intrapreneuriat), de faire (ou défaire) sa réputation (ex : les médias, les influenceurs sur les réseaux sociaux) etc.

 

 

Longtemps, l’entreprise a pu entretenir une relation relevant du rapport du force plus ou moins assumé et plus ou moins agressif avec la majorité de ses parties prenantes : c’était un peu pot de terre contre pot de fer avec les fournisseurs ; c’était achat de pages de pub contre relative bienveillance médiatique ; c’était parfois des « CV comme le tien, j’en ai une pile haute comme ça » si un·e salarié·e ne se satisfaisait pas de ses conditions de travail ; c’était du chantage à l’emploi sur le territoire si la mesure d’une collectivité locale ou la décision d’une autorité publique devait toucher aux intérêts directs de l’entreprise ; c’était opérations de marchandages sur les marges avec les distributeurs ; c’était investissement en marketing pour convaincre l’acheteur etc.

 

 

Mais les choses changent : la préoccupation RSE monte chez de nombreuses parties prenantes (à commencer par le consommateur, de plus en plus en demande de transparence sur les conditions de production et l’empreinte sociale et écologique du produit, même quand on lui propose des prix bas) ; les attentes des nouvelles générations à l’endroit du travail ont obligé les entreprises à se doter de marques employeurs qui ne peuvent se contenter de promettre de belles rémunérations pour attirer les « talents » mais doivent aussi œuvrer à l’alignement entre les discours et les actes de l’entreprise entrant en résonance avec les valeurs des salarié·e·s ; des fournisseurs et prestataires refusent les pratiques de « cost-killing » et ne se présentent parfois même plus au rendez-vous des appels d’offre si les missions proposées ou les conditions dans lesquelles elles sont à réaliser ne leur paraissent pas à la hauteur du niveau d’excellence qu’ils estiment avoir à apporter ; les scandales de pollution ou les affaires de harcèlement moral ou sexuel ne se règlent plus « en famille » ni avec la justice mais font bad buzz en mode « name & shame » sur les réseaux sociaux, au risque du boycott par la clientèle et d’une réputation durablement entachée…

 

 

Les entreprises sont donc aujourd’hui mises au défi de repenser et structurer leurs relations parties prenantes. Un récent baromètre met en évidence que si la moitié des entreprises a aujourd’hui engagé un dialogue parties prenantes dépassant le seul rapport de force (sans pour autant l’exclure de toutes ses interactions avec l’écosystème, notamment avec les fournisseurs), elles ne sont que 30% à avoir bâti une stratégie en la matière et moins de 10% à intégrer des parties prenantes dans leur gouvernance.

Pourtant, c’est sans doute là qu’est l’avenir d’une relation parties prenantes négociée : par-là, nous entendons, une relation dans laquelle les intérêts de chacun sont pris en compte et respectés dans le cadre d’une stratégie globale pilotée par une entreprise qui a tout à gagner à être et rester à l’écoute de ce que les acteurs de son écosystème lui disent des mutations de l’économie et de la société.

 

 

Marie Donzel

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