Voter tu feras pour les prochaines élections professionnelles

Nous sommes en France en 2030. Le télétravail est devenu la norme pour une grande majorité des salariés, des fonctionnaires et des indépendants du territoire. Et cela se sent. Dans les villes, la circulation est moins dense, l’air est plus respirable. Dans les campagnes, les villes moyennes et les villages sont boostés depuis quelques années maintenant par ce nouvel essor. Mais cette envolée idyllique cache une baisse significative de l’intérêt porté à l’objet « dialogue social » et ce malgré l’énième réforme de l’état pour le définir. Le corps social ne vote plus aux élections professionnelles du fait de l’individualisation du travail. 

Il n’y a plus d’élu·e·s au CSE 

Faute de votant·e·s et de candidat·e·s lors des dernières élections du CSE, il n’y a pas de représentation du corps social dans ton entreprise. Les conditions de travail sont imposées unilatéralement par l’employeur. Elles sont désastreuses et ne sont pas adaptées aux préoccupations des salarié.e.s et à la réalité du terrain. Tu travailles dur pour pas grand-chose. T’aimerais bien en parler à quelqu’un de tes conditions de travail…mais à qui ?

Le retour des TMS (Troubles musculo squelettiques) … en plus des RPS (Risques psychosociaux)

Tu te demandes de plus en plus « ce que tu fais là dans cette boite ». Tu t’ennuies à mourir et tu ne croises tes collègues qu’en visio. Par conséquent, il est devenu impossible de faire des rencontres sérieuses. C’était marrant au début, le 100% télétravail. Mais maintenant tu ne décolles plus de ta chaise si ce n’est pour promener ton chien. Ta sédentarité se fait ressentir par des problèmes de dos. Mais que fait la CSSCT (Commission santé sécurité et conditions de travail) ? Rien puisqu’elle n’existe plus.

L’absence de corps intermédiaire pour socialiser la violence

Il y a quelques jours, tu as entendu parler d’un collectif qui s’est organisé sur les réseaux sociaux des salarié·e·s de ton entreprise. Il porte des revendications qui semblent être intéressantes. Mais la direction ne souhaite pas les recevoir car ils ne sont pas représentatifs. D’ailleurs ce n’est pas un syndicat, mais un mouvement de contestation. Il ne peut donc pas négocier ni signer d’accords. Ce que tu crains à juste titre, c’est qu’une grève s’organise et que la violence prenne le dessus sur les revendications. Et tu auras raison !

La baisse du nombre d’adhérents dans les syndicats

Tu n’as jamais voulu te syndiquer car tu avais une image galvaudée des syndicats. Il est vrai que celle renvoyée par les médias est souvent/parfois peu flatteuse. Aujourd’hui, tu viens d’apprendre que des postes seraient supprimés dans ton entreprise. Tu aimerais bien connaitre tes droits et contacter une aide juridique auprès d’une organisation syndicale. Malheureusement et faute de cotisations suffisantes, les syndicats n’ont plus les moyens de former des cadres syndicaux sur les questions juridiques ou de payer les honoraires des avocats. Tu te rends compte que tu aurais dû « t’encarter » avant… quand tout allait bien. 

L’absence du contrat de travail

Pour s’affranchir du contrat de travail, et par ce biais s’exonérer du versement d’un salaire et de ses charges sociales, ton entreprise t’a proposé le statut de travailleur indépendant. Tu n’avais guère le choix car ton ancien poste allait être supprimé. Tu n’es donc plus salarié mais lié par ton « entreprise » par un contrat commercial. Cette absence de lien de subordination t’exclut de fait d’être représenté·e· par un syndicat car tu n’es plus salarié·e.

Ça fait peur, hein ? Heureusement que nous n’en sommes pas encore là… mais il est absolument nécessaire de promouvoir et de valoriser le dialogue social. Et pour cause : la France a un taux de syndicalisation de 11 % d’après les dernières statistiques de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) , alors que plus de 95 % des travailleurs français sont couverts par des accords collectifs. Ce qui est complètement paradoxal et unique au monde. Oui nous sommes champions du monde … mais pas dans la bonne catégorie ! Ce qui n’est pas glorieux pour un pays industriel comme le nôtre. De plus, à la lecture du rapport de l’OIT (Organisation internationale du travail)  de 2019 sur « L’avenir du travail : les syndicats en mutation », il est indiqué que la jeunesse française (16-25 ans) tourne le dos aux syndicats avec un taux de syndicalisation de – 5 %. En somme, il faut repenser notre modèle qui repose essentiellement sur le rapport de force, et s’inspirer de nos cousins européens du nord de l’Europe qui jouissent, par son prisme coopératif, d’un taux de syndicalisation entre 70 et 90 %. La qualité de vie au travail est optimum et le modèle économique se porte aussi bien. Le dialogue social, c’est l’affaire de tous, alors soyons les acteurs du changement !

Pierre-Yves Goarant

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